Fort d'Odanak
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Découvrez Odanak en son « fort antérieur ».


Les Abénakis sont présents sur les bords de la rivière Saint-François depuis le 17è siècle. Cependant, la riche histoire de cette communauté demeure peu documentée.

Un plan de 1720 mentionne l’existence d’une fortification et d’une redoute (bâtiment militaire situé à l’extérieur du fort) sur le territoire actuel du village d’Odanak. Sa dimension est évaluée à, environ, vingt mille mètres carrés et le dispositif rassemblerait une vingtaine de bâtiments. La localisation n’est qu’approximative. C’est ce que vont tenter d’établir le duo d’archéologues responsables du projet. Ce fort est un édifice unique en ce qui concerne l’Amérique du Nord puisqu’il s’agit du seul fort construit par et pour les Abénakis. Odanak a occupé un point stratégique pour les relations Nord-Sud. Les recherches archéologiques auraient des retombées positives puisque cela permettrait de documenter davantage le passé, de reconstituer la diète alimentaire et de proposer une synthèse sur l’occupation abénakise du territoire.

Le chantier de fouilles est placé sous la direction de deux archéologues, Geneviève Treyvaud et Michel Plourde, tous deux chargés de cours à l’Université Laval.  Pour réaliser ces sondages, ils vont être assistés par quatre membres de la communauté d’Odanak, embauchés et formés comme techniciens archéologues.

Le musée des Abénakis est le promoteur de ce projet qui pourrait d’ailleurs s’échelonnait sur cinq ans si des découvertes décisives sont réalisées. Ces dernières viendraient enrichir la collection archéologique dont dispose l’institution muséale et seraient exposées au public. La communauté d’Odanak est donc au cœur de ce projet.

Suivez les fouilles archéologiques semaine après semaine du 26 mai au 23 juin 2010 grâce a ce journal de bord, et échangez en direct sur ce sujet.

JOURNAL DE BORD

ODANAK, le 26 mai 2010 : lancement du projet Fort d'Odanak, le passé revisité.

L'inauguration du projet archéologique Fort d'Odanak, organisée au Musée des Abénakis a rencontré un vrai succès. Plus d'une cinquantaine de personnes, membres de la communauté, journalistes, archéologues, étudiants ont assisté à cet évènement.

 

Le public est accueilli d'une manière totalement étonnante et novatrice en milieu muséal : une rétroprojection au sol de la carte du fort d'Odanak réalisée en 1704 et d'un sondage archéologique sucite la curiosité. Chaque image recouverte de papier et de feuilles, se dévoilent en fonction des pas du visiteur.

Après le discours inaugural de Michelle Bélanger, Geneviève Treyvaud prend la parole et expose les raisons pour lesquelles Odanak représente un site de choix, un site déterminant pour l'archéologie en milieu autochtone, en terrain abénakis. Michel Plourde insiste, quant à lui, sur la technique minutieuse du sondage archéologique afin de rassurer les membres de la communauté.

Le lancement du projet Fort d'Odanak, le passé revisité est officialisé par la première pelletée de terre réalisée, sur le premier site de fouilles, sous un soleil de plomb, par le chef du Conseil de Bande, Rick O'Bomsawin entouré par le duo d'archéologues, Michelle Bélanger, directrice du Musée des Abénakis et de toutes les personnes conviées pour l'évènement.

 

 

ODANAK, le 27 mai 2010 : Balisage du terrain et premiers sondages.

Le premier jour de fouilles se caractérise par un repérage et un balisage du terrain, notamment grâce à un GPS afin de cartographier avec précision le site de recherches. Geneviève Treyvaud et Michel Plourde sont, pour l'instant, les seuls archéologues à intervenir sur le terrain.

La chaleur d'hier, environ 36°C et la forte teneur en humidité ont fait place, aujourd'hui, à un temps relativement moins chaud avec la présence d'une légère brise. Les sondages ont lieu sur les bords de la rivière Sait-François à proximité d'un marécage. Les moustiques constituent un véritable problème. C'est pourquoi, les archéologues doivent se vêtir en conséquence pour pouvoir travailler sereinement.

 

 

ODANAK, le 1er juin 2010 : Premières découvertes encourageantes.

Plusieurs tessons de poteries ont été mis à jour en début de semaine alors que les sondages n'ont pas encore véritablement débutés. La plupart de ces éléments dateraient de la fin de la préhistoire, c'est-à-dire que ces artéfacts seraient les témoins d'une première période de contact. Il s'agit d'un morceau de poterie sur lequel on distngue des incisions faites à l'ongle entre l'intérieur de la paroi interne et l'angle de la lèvre du contenant. Un autre tesson de céramique possède sur sa paroi interne des traces de dégraissant. Enfin, un dernier éclat de poterie  présente une sorte de quadrillage sur la surface; ces traces ont été laissées par un battoir gaufré. L'artisan frappait l'argile avec cet instrument afin d'en enlever l'humidité. Ce tesson appartiendrait à une période ancienne estimée à ,environ, 500 avant aujourd'hui.

Un os blanchi et un bout de métal forgé, sous une forme de tige métallique, viennent compléter ces découvertes.

Les fouilles archéologiques du Fort d'Odanak vont se dérouler par sondages successifs. Munis de pelles et de truelles, les archéologues établissent un périmètre de recherches balisé par GPS et creusent des trous d'environ 30 ou 40 centimètres cubes.

Creuser sur une petite profondeur suffit. Les matières solides remontent automatiquement vers la surface. L'érosion, l'action du gel et du dégel, les lombrics, les araignées, les galeries des rongeurs et le mouvement des racines entraînent le déplacements des artéfacts. Si des découvertes importantes ont lieu sur un site de fouilles, à ce moment là, les recherches seront approfondies.

ODANAK, le 2 juin 2010 : des sondages prometteurs.


Ce matin, un tesson de poterie, sur lequel une décoration qui a pu être réalisée avec un peigne d'os, datant d'environ 1500 ans avant aujourd'hui a été decouvert lors d'un sondage aux abords de la rivière Saint-François. Cette poterie est d'une grande qualité vu la finesse de la paroi.

Sur la photo, on aperçoit bien les différentes strates de terre, la couche supérieure étant brulée. La découverte de tessons brûlés dans un rayon de cinq mètres pourrait attesté la présence d'un foyer, d'un endroit de cuisson.

En ce qui concerne la technique employée, les archéologues procèdent à partir d'une borne notée 0'0. De ce point, suivant les points cardinaux, le terrain est balisé, les sondages étant effectués de cinq mètres en cinq mètres. Il apparaît aujourd'hui un axe, l'axe Ouest, le long duquel les sondages sont plus fructueux.

 

Le matériel utilisé pour effectuer les sondages se compose de pelles, de truelles, de sécateurs pour couper racines, branches et autres végétaux gênants pour un travail optimum, des tamis de différentes grandeur et un carnet de notes dans lequel est mentionné les coordonnées du sondage, les objets découverts et les remarques éventuelles liées aux recherches.

 

ODANAK, le 4 juin 2010 : De découvertes en découvertes...

Aujourd'hui, de nombreux tessons de céramique ont été découverts à la suite de fouilles minutieuses. Cette poterie, parfois décorée, est toujours de la même qualité que celle mise à jour précédemment. En revanche, certains des tessons trouvés ce matin, ont des dimensions plus importantes, ce qui va peut-être permettre une analyse plus pointue des contenants et des contenus.

Parmi ces tessons de céramique, Geneviève Treyvaud a découvert un lithique, sans doute provenant d'un outil. Cette découverte est encourageante pour la suite des recherches.

L'archéologie demande une grande polyvalence. Les archéologues possèdent plusieurs domaines de compétences. D'un point de vue technique, la maîtrise de la topométrie est indispensable. L'arpentage permet de baliser le site de fouilles et de localiser avec précision, les sondages effectués afin de pouvoir revenir sur les lieux plus tard.

ODANAK, le 8 juin 2010 : Il était une fois à Odanak...

Après, environ huit jours de fouilles et près de 121 sondages, répertoriés grâce au GPS, une pierre à fusil a été mise à jour.

Il s'agit d'une petite pierre de silex taillée, destinée à enflammer la poudre d'une arme à feu à l'aide d'étincelles produites par une pièce métallique, appelée batterie. L'exemple qui a été découvert sur les terres d'Odanak, daterait d'au moins 300 ans.

La découverte, ce matin, de chevrotine grossièrement fabriquée corrobore la présence de la pierre à fusil, trouvée, hier, quelques mètres plus loin. Cependant, une question se pose. Le site actuellement fouillé soulève plusieurs interrogations, notamment concernant la nature et la fonction du lieu même. A quelque pas de là, les archéologues ont noté une excavation à proximité d'une source d'eau. La configuration du site est complexe. Est-il un lieu d'habitat fixe ou seulement un lieu de passage? Peut-être que les sondages à venir répondront à cette question...

Le rythme de travail est soutenu. Geneviève Treyvaud et Michel Plourde sont assistés de Richard Gill et de Steve Gill, deux membres de la communauté abénakise. Ce dernier est présent sur le site, aujourd'hui, à titre de bénévole. Peut-être que l'arrivée de ces deux hommes, formés comme techniciens-archéologues va susciter de nouvelles vocations auprès d'autres personnes.

Richard GILL

Steve GILL

 

ODANAK, le 9 juin 2010 : Doutes et perplexité.

Les sondages d'aujourd'hui ne sont pas satisfaisants et laissent, par conséquent, les archéologues perplexes...

Les recherches du jour ont lieu sur un site, à la confluence de la rivière Saint-François et du chenal Tardif. Les archéologues, Geneviève Treyvaud et Michel Plourde avaient décidé de réaliser une partie de leurs fouilles à cet endroit pour deux raisons majeures.

D'une part, cette terrasse qui surplombe les deux cours d'eau, n'était, semble-t-il, pas soumise aux inondations printanières et constituait donc un espace d'occupation accueillant. D'autre part, il s'agit d'un point stratégique de par sa position géographique.

Après plus d'une dizaine de sondages, les archéologues sont intrigués par l'absence de tout artéfact. Seules deux pierres soumises à de fortes températures ont été trouvées. Ces pierres chauffées auraient pu supposer la présence d'un foyer et de charbon. Cependant, rien n'a pu être découvert pour appuyer cette hypothèse.

Malgré ces déconvenues, l'équipe accueille, depuis ce matin, Jacob Nolett-Descheneaux, qui devrait participer aux fouilles jusqu'à leur terme.

Jacob Nolett-Descheneaux

 

ODANAK, le 10 juin 2010 : Un autre aspect du travail d'archéologue.

En cette matinée pluvieuse, les recherches de terrain n'étaient pas d'actualité. Lorsque le temps ne permet pas le travail extérieur, les archéologues en profitent pour nettoyer, analyser et répertorier la collection archéologique du Musée et procéder au nettoyage des artéfacts découverts les jours précédents.

Ici, Richard Gill et Jacob Nolett-Descheneaux nettoient, notamment, des morceaux de verre, témoins de la période historique, trouvés hier lors des sondages en bordure de route. Les instruments utilisés sont sommaires, de l'eau et une brosse à dent pour débarrasser les éclats de la terre et autres débris. Concernant les objets archéologiques du Musée, on utilise de l'acétone, qui n'altère pas l'objet, pour lui ôter toute trace d'adhésif ou autre substance afin q'ils soient correctement présentés au public dans une exposition à venir.

 

CaFe 4 : Les plus belles découvertes depuis le lancement du projet Fort d'Odanak, le passé revisité.

 

Tesson de poterie avec une décoration effectuée au peigne dentelé datant d'environ 500 ap J-C.

 

Tesson de poterie décoré à incision datant de 1500 environ.

Eclat de pierre taillée chert gris bleu. Il s'agit d'un déchet de la taille de pierre.

 

ODANAK, le 11 juin 2010 : Une incroyable fin de semaine.

En fin de matinée, Richard Gill a mis à jour une pointe de flèche.

Dans un sol orangé intact, enfouie à 10 cm dans le sous-sol, une pointe de flèche datée de 4000 ans a été trouvée sur une ancienne terrasse de la rivière Saint-François, à une époque où le niveau de l'eau était plus élevé d'environ quinze mètres.

Les six sondages de ce matin ont également permis de dévoiler quelques pierres chauffées par le feu et une trentaine d'os blanchis, ce qui atteste l'hypothèse de la présence d'un foyer de combustion sur ce site.

Cette après-midi, plusieurs morceaux de faïence, témoins de la période historique, ont été découverts sur ce même site. Il s'agit donc d'une occupation multiple corroborée par les pièces archéologiques trouvées jusqu'à présent.

 

ODANAK, le 15 juin 2010 : De CaFe 5 à CaFe 4, d'arpentage en sondages.

Le second site de prospection, en bordure de la rue Waban-Aki, situé à une vingtaine de mettre au dessus de la rivière Saint-François, est officiellement reconnu sous le nom de CaFe 5. C'est sur ce site même que la pointe de projectile, citée ci-dessus, a été découverte vendredi matin.

Cette matinée ensoleillée débute par un relevé topographique du site.

Il s'agit de repérer et d'enregistrer les coordonnées précises des différents reliefs composant CaFe 5 : les rebords de l'ancienne terrasse du cours d'eau, la crique, l'orée du bois et la route Waban-Aki.

Arpentage dans le bois pour délimiter l'ancienne terrasse de la rivière.

Mesure en bordure de la rue Waban-Aki.

Relevés au niveau de la crique.

Cette matinée chargée se poursuit sur le site CaFe 4 où quelques sondages supplémentaires ont été effectués pour tenter d'éclaircir la présence d'une strate du sol incendiée repérer en fin de semaine dernière. Quelques schistes d'ardoise noire ont été, seulement, mis à jour.

 

ODANAK, le 17 juin 2010 : Préparatifs.

A la suite des précipitations de la soirée et de la nuit d'hier, les sols sont détrempés, ce qui rend les sondages impossibles.

Chaque découverte réalisée par les archéologues vient enrichir la collection archéologique du Musée. C'est pourquoi, chaque tesson remarquable ou groupe de tessons doit être numéroté, classé et documenté dans une base de données spécifique. Céramique en gré, porcelaine française, tesson d'un encrier, plusieurs éclats de verre, témoins de la période de contact entre les amérindiens et les européens, trouvés ce mois-ci sur la commune ont occupé l'attention de Geneviève Treyvaud et Michel Plourde, ce matin.

 

ODANAK, le 18 juin 2010 : Compte-rendu.

Lors de la dernière réunion d'information qui s'est déroulée hier, à 17h, au Musée, Geneviève Treyvaud et Michel Plourde ont établi un bilan hebdomadaire de leurs recherches, notamment, concernant le site CaFe 5.

Sur ce site, des artéfacts d'origine européenne ont été retrouvés. Il est nécessaire d'être vigilant quant à l'interprétation que l'on doit tirer de la présence de ces objets en ce lieu.

En effet, les amérindiens sont friands de certains objets européens, obtenus lors d'échanges divers. Les archéologues, portent, de ce fait, une attention particulière à la réutilisation du matériel européen, à la transformation potentielle que l'objet a subi pour s'adapter aux besoins des populations autochtones. Par exemple, l'encrier a pu être utilisé comme contenant, d'ailleurs, facile à transporter, pour des plantes médicinales.

CaFe 5 est un témoin de la culture matérielle historique. De nombreuses traces du passé ont été dévoilées sans que les fouilles n'aient véritablement commencé.

Quatre semaines de prospections ne sont pas suffisantes pour comprendre la complexité des sites.

 

ODANAK, le 22 juin 2010 : A la recherche du Fort Crevier.

A Notre Dame de Pierreville, s'érigeait le Fort Crevier, une des nombreuses fortifications construites en Nouvelle-France pour prévenir les attaques des iroquois, notamment.

Geneviève Treyvaud et Michel Plourde devant la stèle commémorative du Fort Crevier installée au milieu des années 1920

Geneviève Treyvaud et Michel Plourde adoptent une nouvelle stratégie de recherches. En effet, face aux difficultés rencontrées pour localiser le Fort Odanak, les archéologues ont du s'adapter à la réalité du terrain. Grâce aux cartes et aux plans d'époque, ils vont tenter de retrouver le fort Crevier. Pourquoi, me dirait-on? Chaque fort est situé, sur les plans d'autrefois, par rapport à un autre fort. Donc, avec la localisation du Fort Crevier et la conversion des mesures d'alors (toises, lieues,...) en mesures d'aujourd'hui, il serait possible de retrouver le lieu où était érigé le fort abénakis.

La rivière Saint-François depuis Notre-Dame de Pierreville

Les plans d'époque situent le Fort Crevier en bordure de la rivière Saint-François. Les archéologues tentent de déterminer une place stratégique, correspondant au plan qu'ils ont en possession, qui aurait pu accueillir une construction de ce type.

Les fouilles archéologiques touchent bientôt à leur fin. Geneviève Treyvaud et Michel Plourde commencent à établir un plan de travail pour l'automne et l'hiver à venir afin de préparer le terrain pour les recherches à venir.

Le projet Fort d'Odanak, le passé revisité! a révélé les richesses historiques dont recèlent la terre abénakise. Les perspectives d'avenir en matière d'archéologie sont grandes.